Les bases de l'astrophotographie - prise de vue

Photographier les objets célestes est réellement passionnant et vu que cette discipline intéresse beaucoup de monde ces derniers temps, j’ai décidé d’écrire ce petit tutoriel sur les bases de l’astrophotographie à grand champ (la catégorie la plus simple de cette discipline photographique). Dans cet article, on va se concentrer sur le matériel et la technique nécessaire pour photographier la Voie lactée, dans le prochain billet, nous verrons comment traiter les fichiers RAW. Avant de lire la suite, vous devez absolument comprendre et maîtriser l'exposition.  

ISO 25600, 25s, f/4, Canon 17-40 f/4 L à 17 mm, Canon EOS 6D

ISO 25600, 25S, F/4, CANON 17-40 F/4 L À 17 MM, CANON EOS 6D

 

Matériel

Avant de vous lancer, il faudra tout de même disposer d’un peu de matériel :

  • Un appareil photo doté d’un capteur micro 4/3 au minimum (c’est-à-dire tous les appareils photo à objectifs interchangeables). Plus le capteur est grand et plus la montée en ISO sera propre.
  • Un trépied (même un Gorillapod peut suffire)
  • L’objectif le plus grand-angle et le plus lumineux dont vous disposez (c’est-à-dire avec la plus grande ouverture possible, un 18-55 peut faire l’affaire)
  • Si possible, un pare-soleil qui servira ici de pare-buée
  • Si possible, une télécommande supportant le mode BULB (si vous n’en avez pas, pas de problème, on peut faire sans !)
  • Un téléphone portable ou une lampe de poche peut être pratique
  • Une ou des batteries bien chargées !
  • Du café :)

 

Météo

Avant de sortir, si vous avez devant vous un ciel totalement couvert, vous ne pourrez, bien évidemment, pas prendre en photo les étoiles. Ceci étant dit, si vous voyez seulement quelques nuages, vous pouvez tenter le coup (ils peuvent même rendre vos images plus intéressantes !).

 

Pollution lumineuse

La lumière émise par nos villes et villages sera visible sur vos photographies du ciel nocturne. Il faut donc s’éloigner, si possible, des grandes villes. Personnellement, je trouve qu’un peu de pollution lumineuse peut même embellir nos images, mais les puristes ne seront sans doute pas d’accord (N’essayez pas de photographier les étoiles en plein Paris pour autant !).

Concernant la lune, elle peut vous poser quelques soucis. En général, il vaut mieux éviter les soirs de pleine lune et dans tous les cas, elle ne doit pas être dans votre cadre si vous souhaitez photographier la voie lactée.

 

Réglages

a) Mode et longueur focale

Pour capter la lumière des étoiles, il va falloir utiliser des réglages particuliers sur votre appareil. Tout d’abord, mettez votre APN (appareil photo numérique) en mode manuel et réglez votre objectif sur son plus grand-angle (18 mm si vous utilisez un 18-55).

b) Vibrations et qualité d’image

Je vous conseille d’utiliser votre télécommande ou de mettre un retardataire de deux secondes, ainsi vous éviterez de faire vibrer votre appareil en appuyant sur le déclencheur ; pensez également à désactiver la stabilisation de votre appareil ou objectif.  Pour faire de l’astrophotographie, vous devez shooter en RAW (de toute façon, il faut toujours shooter en RAW si votre appareil le permet ! :p) 

c) Ouverture

On utilise généralement l’ouverture maximale de son objectif (f/3.5 sur un 18-55). Certains objectifs souffrent d’aberrations comatiques à pleine ouverture, mais le mieux est de ne pas s’en préoccuper au début et c’est pour cette raison que je ne vais pas expliquer de quoi il s’agit dans ce billet.

d)  Vitesse d’obturation et règle des 500

Concernant la vitesse d’obturation, il faut la calculer en utilisant la règle des 500. Pas de panique ! C’est très simple :)

En effet, notre planète tourne sur elle-même et si l’on utilise un temps de pose trop long, les étoiles ressembleront à des filets (ce qui peut être très esthétiques, mais ce n’est pas notre but ici).

Le calcul de base est 500/longueur focale = temps de pose maximal en secondes

Cependant, il varie selon la taille du capteur de votre appareil :

  • Sur Full Frame : 500/longueur focale
  • Sur APS-C Nikon, Sony et Pentax : 500 / (longueur focale X 1.5)
  • Sur APS-C Canon : 500 / (longueur focale X 1.6)
  • Sur Micro 4/3 : 500 / (longueur focale X 2)

Exemple concret : j’utilise un Canon 6D (capteur Full Frame) avec un objectif 17 mm, je divise donc 500 par 17 ce qui me donne 29.4, je sais donc que ma vitesse d’obturation doit être d’environ 30 secondes. Si j'utilise un temps de pose encore plus long, les étoiles vont ressembler à des traits.

Si je décide d’utiliser mon Canon 550D (capteur APS-C) avec mon 18-55, je dois diviser 500 par 18 X 1.6 ce qui me donne 17.36, ma vitesse d’obturation doit être d’environ 17 secondes.

À noter que si vous souhaitez utiliser des temps de pose supérieur à 30 secondes, vous devrez vous équiper d'une télécommande afin d'utiliser le mode BULB. 

e) Sensibilité ISO

La sensibilité doit être très élevée, généralement entre 1600 et 25600, sans quoi, vous ne verrez rien ! Il ne faut pas avoir peur de bien monter dans les ISO, il vaut mieux avoir une image trop claire que l’on assombrira par la suite que l’inverse (surtout sur les appareils Canon, une histoire de technologie de capteur). L'idéal est de régler sa sensibilité ISO en fonction de sa vitesse d'obturation et de l'ouverture de son objectif ; par exemple, si vous disposez d'un Sigma 20 mm f/1.4 ART vous pourrez utiliser une sensibilité bien plus basse qu'avec un 18-55 ou un 24-70 f/4 (pour calculer précisément la sensibilité par rapport aux autres paramètres vous pouvez lire mon article sur l'indice de lumination et la correction d'exposition). 

f) La mise au point

Le but ici va être de faire une mise au point sur l’infini, malheureusement pour nous, on ne voit rien ! On oublie donc le système autofocus qui ne peut fonctionner dans ces conditions et l'on passe à la mise au point manuelle. Il faut maintenant se mettre en liveview (prise de vue avec l’écran LCD arrière), faire un zoom numérique 10 X et repérer une étoile lumineuse, visez celle-ci et faite votre mise au point. Une fois que c’est fait, vous pouvez enfin commencer à prendre vos photos du ciel étoilé :)

Astuce : vous pourriez être tenté d’utiliser l’indicateur de mise au point sur l’infini inscrit sur votre objectif, mais celui-ci n’est pas très précis et il vaut mieux ne pas se baser là-dessus. 

Astuce numéro 2 : Si vous utilisez un appareil ancien qui ne permets pas de faire de prise de vue en liveview, vous pouvez faire la mise au point au préalable sur un objet distant tel qu'un nuage. 

g) Réglage bonus

Une dernière chose, pensez à régler la luminosité de votre écran LCD au minimum, vos yeux seront adaptés à l’obscurité et vous n’aurez pas besoin d’un rétroéclairage fort. De plus, vous viderez moins vos batteries ainsi. 

 

Histogramme

Afin de savoir si vos images sont suffisamment exposées, vous pouvez utiliser votre histogramme.

L’idéal étant d’avoir un histogramme avec des « pics » bien étalés et aussi proches du côté droit que possible (ce conseil est surtout important sur les boitiers Canon). C’est pour cette raison que je fais maintenant mes photographies du ciel nocturne à 25600 ISO, ce qui me donne de bien meilleurs résultats qu’à ISO 6400 avec mon Canon 6D et mon 17-40 f/4 L.

Attention, l'histogramme ne doit pas être coupé à droite pour autant. Cela signifie que la photo est surexposée et inexploitable (l'histogramme présenté est une simulation). 

 

Nous voici à la fin de ce premier article sur l’astrophotographie, j’espère que vous avez tout compris et que vous êtes maintenant prêts à capturer les étoiles ! La semaine prochaine, nous verrons les bases du post-traitement pour cette discipline photographique. En attendant, si vous avez des questions, vous savez où les poser. Commentez et partagez l’article, bonne photo et à bientôt pour de nouvelles aventures !